Chapitre 14
«Que penses-tu de tout ça ? demanda Vandien au destrier noir qui avançait avec aisance aux côtés du chariot.
L’animal s’ébroua. Ses oreilles étaient orientées vers l’avant et Vandien perçut le frisson de tension qui agitait soudain ses muscles. Lâchant un hennissement d’impatience, le destrier s’élança au trot. Les chevaux gris tentèrent de l’imiter, mais Vandien les restreignit. Il jeta un regard en avant dans la pénombre jusqu’à l’endroit où un objet massif avait été déposé en plein milieu de la route. Le cheval se mit à humer la chose après l’avoir atteinte et Vandien fit faire une embardée au chariot pour la contourner. L’attelage, puis le chariot quittèrent la route lisse pour s’enfoncer avec moult secousses dans l’herbe épaisse du bas-côté. Vandien tira brusquement sur les rênes lorsqu’il réalisa ce qu’il était en train de dépasser.
Ce n’était pas Ki. En s’agenouillant près du corps, il fut partagé entre le soulagement de savoir qu’elle n’était pas morte sur la route et la vexation de songer qu’il ne l’avait toujours pas rattrapée. La surprise l’avait incité à s’éloigner d’un seul coup du cadavre de l’inconnue lorsqu’il l’avait touchée pour la première fois. Mais il se penchait à présent sur elle. Une Brurjan. Morte de faim, d’après les apparences. Le souffle lent qui s’échappa soudain de la créature le fit frissonner. Son sens commun lui soufflait de reculer calmement, de remonter dans le chariot et de continuer à chercher Ki. Une Brurjan famélique ne le concernait en rien ; les humains intelligents se gardaient bien de se mêler des affaires des Brurjan. Il s’écarta précautionneusement d’elle. Elle bougea et émit un gargouillis en déglutissant. Il ne put s’empêcher de s’arrêter pour la regarder bouger les lèvres et plisser les paupières dans un effort pour les ouvrir. Puis il se précipita vers le chariot pour récupérer sa gourde.
La large tête de la Brurjan recouvrait les cuisses de Vandien. Les épines de sa crête émirent un crissement sec lorsqu’il souleva ses épaules. Il écarta délicatement ses mâchoires pour révéler des dents aussi aiguisées que des rasoirs, serrées dans une grimace d’agonie. Si elles se refermaient soudain sur lui... ! Vandien écarta cette pensée et fit couler un peu d’eau entre ses dents. Le liquide disparut, sauf quelques gouttes qui s’écoulèrent depuis les coins de sa bouche. Sa langue épaisse avait bougé, mais le reste de son corps restait inanimé. Il était trop tard pour elle.
Soudain, elle s’étouffa, recrachant une partie de l’eau au visage de Vandien. Il lui souleva les épaules tandis qu’elle se débattait pour dégager ses poumons. Elle était plus faible qu’il ne l’aurait cru possible pour une Brurjan. Sa seule tentative passée pour mesurer sa force à l’un d’eux lui avait prouvé qu’il n’était pas nécessaire d’ouvrir la porte d’une taverne pour aller jusqu’à l’extérieur. Après quoi il avait dû apprendre à maîtriser sa respiration pour ne pas enflammer ses côtes fêlées. Mais la Brurjan allongée là était aussi plus mince qu’aucun Brurjan qu’il avait jamais vu, et plus il examinait son visage meurtri, plus celui-ci lui apparaissait subtilement décalé.
Aussi mince qu’elle fût, son corps restait trop massif pour qu’il puisse la tirer jusqu’à la cabine avec une quelconque douceur. Il décida donc de la couvrir et de glisser un oreiller sous sa tête à l’endroit même où elle était étendue. Elle ne bougeait plus, mais sa respiration semblait plus régulière. Et à chaque fois qu’il lui faisait boire de l’eau, elle semblait résister un peu plus. Le cheval noir se tenait près d’elle à la manière d’un gardien massif, tandis que Vandien préparait un campement de fortune. Il en déduisit qu’il s’agissait de la mystérieuse cavalière et que les vêtements à l’arrière du chariot lui appartenaient. Mais certaines questions restaient sans réponses : comment ces habits étaient-ils arrivés là et où Ki se trouvait-elle à présent ?
Vandien s’aperçut rapidement qu’il était diablement difficile de faire un feu à cet endroit. D’abord, il ne trouva pas de petit-bois. Si un quelconque buisson avait un jour perdu une branche sur le bord de la route, quelqu’un l’avait récupérée et mangée. Impossible de trouver la moindre brindille sèche, ni même une plante suffisamment résineuse pour démarrer un feu. Perdant espoir, Vandien sortit la viande séchée de sa boîte et l’enroula dans une pièce de tissu propre. La boîte lui servit de bois de chauffage. Il dut ensuite bagarrer longuement pour convaincre des étincelles de jaillir de son silex et enflammer les morceaux de la boîte. Lorsque le feu finit par prendre, il le fit de mauvaise grâce, offrant peu de lumière et encore moins de chaleur. Vandien réussit à faire bouillir un peu d’eau et y réchauffa des morceaux de viande séchée accompagnés de racines coupées en fines tranches. Il attendit impatiemment que le ragoût veuille bien se réchauffer. Pour lui-même, il prépara une tasse de thé, puisant une certaine force dans la chaleur du liquide et tentant de se résigner à cette longue attente. Les chevaux gris, libérés de leur harnais, broutaient l’herbe le long de la route.
Enfin, le ragoût fut prêt. Il utilisa une cuillère en bois pour le remuer et en écraser les ingrédients jusqu’à obtenir un gruau épais. Il laissa la marmite refroidir un peu sur le sol tandis qu’il rassemblait son courage et son énergie. L’idée de dormir le tentait terriblement mais il ramassa la marmite de ragoût et s’approcha résolument de la Brurjan. Il posa sa charge sur le sol et s’assit à côté d’elle, appuyant la tête et les épaules de l’inconnue contre lui afin qu’elle ne s’étouffe pas.
— Mangez, lui dit-il à mi-voix, en se demandant si elle était même capable de l’entendre.
Ses lèvres collées s’écartèrent.
— Non, grogna-t-elle.
— Ça va vous faire du bien. Essayez... Là.
Un faible mouvement du bras de la femme lui fit tomber la cuillère des mains.
— Non. (Elle grondait à présent.) Laisse-moi mourir comme je suis. Tu m’as rempli la bouche d’une eau saumâtre et je peux sentir ce que tu veux me faire avaler à présent. De la chair bouillie... Gah.
Vandien récupéra la cuillère dans l’herbe et huma la marmite. Rien ne lui semblait gâté. Il savait que les Brurjan mangeaient de la viande. Elle devait être en train de délirer, ou bien il l’avait mal comprise. Il porta de nouveau la cuillère à ses lèvres.
Ses dents claquèrent, tranchant la tête de l’ustensile. Vandien pensa qu’il s’agissait d’un réflexe d’agonie, jusqu’au moment où elle la recracha dans sa direction. Elle força ses yeux encroûtés à s’entrouvrir pour lui jeter un regard menaçant.
— Laisse-moi mourir en paix ! éructa-t-elle. Si je ne peux atteindre le Limbreth, que je sache au moins que je suis morte en essayant. Ki portera mon nom jusqu’à eux.
— Qu’en est-il de Ki ? demanda Vandien.
Mais, avec un dernier regard noir, elle ferma les yeux et ne dit plus rien.
Bien que n’étant pas un homme patient, Vandien était rarement tenté d’user de violence sur les individus sans défense. Mais sa logique et sa curiosité avaient été poussées à leur maximum, et il agit de manière impulsive. Il reposa sa tête au sol et se leva pour se tenir au-dessus d’elle. Il jeta le manche de la cuillère par-dessus son épaule dans les ténèbres tout en prenant la mesure de la Brurjan. Puis il prit une inspiration et enjamba sa forme étendue pour se mettre à cheval sur son corps. Elle était grande et ne semblait plus aussi faible que lorsqu’il lui avait versé de l’eau dans le gosier. Peut-être cela lui avait-il fait du bien, même si ce geste risquait de lui rendre la tâche plus difficile à présent. Ses yeux étaient profondément enfoncés dans son visage et sa chair étirée sur ses os, tout en angles et en méplats. Eh bien, il faut vivre ou mourir, songea-t-il aussi bien pour elle que pour lui-même. Il appuya un genou sur chacune de ses épaules, la plaquant au sol.
Les énormes mâchoires s’ouvrirent, la double rangée de dents bien trop proche de sa chair. Mais Vandien était prêt : il appuya le rebord du bol contre la mâchoire inférieure et l’inclina. Elle ferma brutalement la bouche mais le bol était déjà coincé à l’intérieur et Vandien disposait d’une prise.
— Soit tu bois, soit tu t’étouffes, choisis ! s’entendit-il rugir.
Elle choisit de s’étouffer et la soupe les éclaboussa tous les deux. Mais il était intraitable. Il inclina le bol plus avant et ce ne fut qu’après l’avoir retourné qu’il relâcha sa prise et bondit loin d’elle.
Ses bras, désormais libérés, jaillirent vers lui toutes griffes dehors. Ses yeux brillaient d’un éclat rouge sang tandis qu’elle roulait sur le ventre et tentait de le poursuivre. Mais elle n’eut que la force de se mettre à quatre pattes avant de retomber lourdement à terre. Elle cracha dans la direction de Vandien avant de se laisser aller, haletante, à bout de souffle.
— Bâtard ! siffla-t-elle. Engeance sans nom de parents édentés ! Appât pour oiseau !
— Heureux de voir que vous vous sentez mieux.
Vandien essuya le bouillon qui constellait sa chemise. Pour quelqu’un d’aussi faible, elle était capable de crachats étonnamment précis. Il s’accroupit à une distance prudente.
— Où est Ki ?
— Partie vers un destin meilleur que le tien, crotte de chèvre malade que tu es ! Ma bouche charrie la puanteur des charognes dans mon gosier ! Tu m’as empoisonnée avec ces saletés réchauffées ! Et tu m’as arrachée à une mort honorable. Sois maudit, maudit, maudit ! Comme je m’étouffais, je n’ai pas pu fermer ma gorge et c’est passé dans mon estomac. Je ne vais plus mourir !
— Vous me remercierez plus tard. Où est Ki ?
— Partie vers le Limbreth. Je te l’ai déjà dit. Partie vers un destin meilleur que tout ce que toi ou moi pourrons jamais connaître. Gah ! De la charogne dans mes narines, dans ma bouche. Je ne supporte pas ce goût ! Et il n’y a qu’une chose qui pourra le faire disparaître. Noir !
Le cheval s’approcha d’elle de son plein gré, bien plus diligemment que les chevaux gris ne répondaient aux ordres de Ki. Et il ne s’écarta pas tandis qu’elle agrippait sa patte musclée et se relevait en s’appuyant lourdement sur lui. Elle pesa sur l’animal, ne restant debout que grâce à son support. Vandien la regarda faire avec une certaine curiosité. Si elle espérait pouvoir monter en selle et s’en aller, il était prêt à parier contre elle. Jamais elle ne pourrait grimper sur sa monture sans selle ni harnais.
Elle appuya son visage contre le cou du cheval. Celui-ci eut un léger mouvement de recul, s’ébroua, puis reprit sa position stoïque. Vandien fixa la Brurjan immobile, en se demandant si elle était en train de sangloter, jusqu’à ce qu’il perçoive les légers bruits de succion. Il se détourna et retourna à son feu. Prélever ainsi du sang à un cheval était-il si différent de prélever le lait d’une vache ? Les Brurjan avaient besoin de sang chaud et il avait entendu dire que leurs montures étaient entraînées pour donner le leur. Mais quand même...
— Tu m’as dit de te remercier plus tard. (Sa voix était brusque.) Plus tard, c’est maintenant. Merci.
— De rien, répondit Vandien avec concision.
Il se versa un peu plus de thé et évita de la regarder tandis qu’elle se dirigeait vers le baril d’eau. Elle ouvrit le robinet et laissa l’eau lui couler dans les mains avant de se frotter le visage et de s’ébrouer. Tous les muscles de Vandien se tendirent lorsqu’il l’entendit revenir vers le feu. Mais elle se contenta de s’accroupir et de tendre ses mains dans la direction des flammes crachotantes.
— Il fait frisquet, non ? Et c’est là tout ce que tu as réussi à produire comme feu ? Non, ne bouge pas, ça ira.
— Vos vêtements sont à l’arrière du chariot.
— Je sais. Pourquoi ? Mon apparence te dérange ?
Elle se frotta de nouveau le visage de ses mains.
— Qu’est-ce que tu as à manger ?
Typiquement brurjan, songea Vandien. Bourrue, dure et égocentrique, mais toujours honnête.
— Viande et poisson séchés.
Il ne prit pas la peine de citer les fruits et les céréales ; les Brurjan ne s’y intéressaient guère.
— Rien que ces saloperies cuites avec lesquelles tu as voulu m’empoisonner ?
Vandien secoua la tête.
— Séchés au soleil, salés et découpés en tranches.
Elle opina rapidement.
— Dans ce cas, j’en prendrai. Autant que tu pourras m’en donner. Je suis affamée.
Lorsqu’il ressortit du chariot, elle avait enfilé le capitonnage en lin qu’elle portait sous son armure. Cela lui donnait une allure plus massive. Sans un mot, elle lui prit des mains la viande enroulée dans le tissu et s’accroupit sur place pour s’y attaquer. Vandien attisa sans grand espoir son pathétique petit feu et se fit réchauffer une dernière tasse de thé. Il était encore en train de la siroter quand la Brurjan secoua le carré de tissu et entreprit de le replier proprement.
— Je m’appelle Hollyika, l’ami. Et je suis vivante. Et maintenant que je m’en rends compte, je te remercie pour cela. Mais, bon sang, ne verse plus jamais ce genre de bouillie dans le gosier d’un Brurjan. Si j’avais été un peu plus forte et toi un peu moins rapide, je t’aurais tué. De la viande bouillie. C’est l’un des problèmes avec les humains, ça, les saloperies qu’ils bouffent !
— Je m’appelle Vandien. Et l’un des problèmes avec les Brurjan, c’est que je n’en ai jamais rencontré un seul qui fasse preuve d’un peu de politesse.
Il s’était exprimé de manière téméraire mais ne put s’empêcher de se recroqueviller tandis qu’elle avançait vers lui. Elle se contenta de déposer le tissu plié entre ses mains.
— Qu’est-ce que tu attends de moi, bon sang ? Je ne t’avais rien demandé, donc tu as agi de ton plein gré. Je t’ai remercié, et par deux fois. Devrais-je ramper dans la poussière et te baiser les pieds ? Ou dois-je proposer de coucher avec toi en signe de gratitude ?
— Tu pourrais commencer par répondre à mes satanées questions, bon sang !
Le langage de Vandien s’était adapté à celui de la Brurjan.
— Où diable est Ki ? Je pensais vous trouver toutes les deux ensemble.
— Oh. Elle. (Hollyika resta silencieuse quelques instants.) Tu sais, c’est bizarre. J’étais tellement décidée à l’accompagner et à présent, elle m’apparaît comme une imbécile. Et pourtant c’est moi qui l’ai poussée à continuer. Elle est partie vers le Limbreth ; ces lumières clignotantes sur l’horizon. Partie chercher de quoi se remplir la panse de paix, d’accomplissement et de sagesse. Les bras t’en tombent, non ?
— Oui, admit Vandien d’un ton morose. Pourquoi y est-elle allée ?
— Je viens de te le dire. Oh, tu veux dire pourquoi elle croit y trouver des tonneaux entiers de bienveillance. Aucune idée. Moi aussi j’y croyais, et j’étais prête à m’allonger et à mourir ici parce que je n’arriverais jamais là-bas.
— Tout ça vient de l’eau, conjectura Vandien en se rappelant l’avertissement de Jace.
— Possible. Probable, même, maintenant que j’y pense. Mais comment diable suis-je arrivée ici ? Et quand est-ce que le jour va se lever ?
— J’ignore comment tu es arrivée ici. Pour ma part, je suis passé à travers une porte. L’aube ne semble jamais poindre dans cet endroit. On passe du gris au noir, puis de nouveau au gris.
— Oh. Bon, la route m’a amenée jusqu’ici, donc elle pourra me ramener. J’irai beaucoup plus vite sur Noir. Je vais prendre ce poisson avec moi, si ça ne te dérange pas. Après avoir dormi un peu.
Hollyika se dirigea vers l’arrière du chariot, là où se trouvaient ses affaires. Elle s’arrêta en constatant le silence de Vandien et se retourna vers lui.
— Que vas-tu faire ?
Il haussa les épaules. Le ciel gris de ce monde semblait reposer tout entier sur ses épaules.
— Je crois que je vais dormir un peu. Je suis fatigué à en mourir. Je poursuis Ki depuis... à vrai dire, j’ai perdu le compte des jours, sans lumière. Lorsque je me réveillerai, je me remettrai en route pour la rattraper.
— Pourquoi ?
Vandien se passa les mains sur le visage. Ses yeux semblaient pleins de sable et son visage lui faisait l’impression d’une peau laissée à sécher au soleil.
— Parce que nous sommes partenaires. Parce que, comme toi, je ne crois pas qu’elle choisirait de faire ce qu’elle est en train de faire si son esprit était libre de toute emprise. Parce que j’ai promis à des gens de l’autre côté de la ramener à la porte. Parce que je veux le faire.
Hollyika secoua la tête dans un cliquetis de plumes.
— Mon pauvre ami.
— C’est ça.
Vandien se redressa avec raideur pour grimper à l’intérieur du chariot. Il laissa ses vêtements tomber au sol et s’installa dans le lit pour se blottir sous les couvertures.
— Mon pauvre ami, se lança-t-il à lui-même avec commisération avant que les oreillers et l’obscurité ne l’emportent.
Du temps avait passé mais, à en juger par la douleur qui parcourait sa tête et ses muscles, ça n’avait pas été très long. Une forme massive s’installa sur le lit à ses côtés. Il faisait noir mais il la sentit penchée au-dessus de lui.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il, mal à l’aise.
— Peut-être que je suis plus reconnaissante que je ne le pensais. Pousse-toi. Voyons s’il y a quelque chose de différent entre toi et les autres humains avec qui je suis allée.
Vandien inspira vivement. Tout ce qu’il était capable de se représenter en esprit était les rangées de dents de Hollyika contre sa gorge. C’était loin d’être érotique.
— Merci, mais...
— Mais quoi ? La fourrure te gêne ?
— Non. Je suis juste fatigué. J’ai suivi Ki à pied, vois-tu. Et...
— Viande bouillie, commenta Hollyika d’un ton dégoûté.
Elle lui tourna le dos et s’installa à ses côtés.
— On dort mieux ici que dans l’herbe ou sur le plancher du chariot.
Il ne trouva rien à lui répondre. La respiration de stentor de la Brurjan emplit rapidement la cabine. Son odeur rappelait à Vandien celle de chiots nouveau-nés au milieu de la paille propre. Elle dormait. Et lorsque le sommeil s’empara de lui, il rêva à des lionnes.